Accueil du site > Membres > TAVOILLOT Pierre-Henri (MCF-HDR) > Enseignements Paris IV - Année (...) > Inter-âges été 2009 : Philosophies du (...)
logo

Les bornes de l’hypercapitalisme

par Daniel Andler (6/07/2009)

Les bornes de l’hypercapitalisme : Remarques sur le « hors-marché » qui permet au marché de marcher Par Pierre-Henri Tavoillot

Nous vivons l’âge de l’hypercapitalisme. Par ce concept très éclairant, Gilles Lipovetsky décrit une évolution majeure de notre société contemporaine, dont la crise financière offre une confirmation patente. La consommation - ou comme on dit : la marchandisation - n’a pas seulement augmenté en volume, elle s’est étendue à toutes les sphères de la vie publique et privée : au-delà de l’économie, il y a désormais un marché des idées, de la politique, de la culture, de l’amour, des religions, ... Dans ces domaines qu’on avait naïvement pu croire préservés, la logique de la marchandisation a fait son office et - diront certains - ses dégâts. La puissance perverse du marché est telle que même ceux qui veulent y résister sont contraints de s’y soumettre (plus ou moins consciemment). C’est ainsi que les mouvements altermondialiste, environnementaliste, anticapitaliste ont fait de la communication leur arme principale en organisant régulièrement des « coups médiatiques », des « opérations de pub. », utilisant avec un brio et une virtuosité impressionnants les outils dernier cri que la technologie offre au militantisme. Hyperbranchée, ultranovatrice, boboisée, la « radicalité » est ainsi devenu un produit, parfaitement calibré, soigneusement packagé, qui occupe un créneau bien précis sur le marché des idées ; créneau d’autant plus solide qu’il relève, comme les cosmétiques, le luxe ou les voitures ..., du plus pur rêve d’un monde meilleur.

L’hypercapitalisme a donc de quoi désespérer : il absorbe et contamine même ses contestations les plus extrêmes, bulldozer implacable écrasant tous ceux qui veulent ou croient s’y opposer. Face à lui, celui qui persiste à penser que l’économique ne suffit pas à nourrir la vie, même s’il permet de nourrir le corps, sera donc bien déçu. Coincé entre les traders irresponsables, qui veulent tout vendre et tout acheter, et les rêveurs plus ou moins doux, qui aspirent à tout casser (sans le vouloir vraiment, en fait), à quel saint pourra-t-il encore se vouer ? Avant de désespérer tout à fait, on peut tenter de comprendre ce qui s’est passé en repartant du début.

[Suite de l’article soumise à droits]
— - Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, La culture-monde, O. Jacob, 2008. Daniel Cohen, Nos temps modernes, Champs-Flammarion, 1999. Jean Baechler, Le Capitalisme, Folio- Histoire, 1995. Luc Ferry, Familles je vous aime, XO, 2007. André Comte-Sponville, Le Capitalisme est-il moral ?, Albin Michel, rééd. 2009. Eric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot, Le développement durable de la personne, La Documentation française, 2007. Max Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Agora Daniel Bell, les contradictions culturelles du capitalisme, PUF