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Document 10- La question de la finitude

par Daniel Andler (17/03/2009)

Document 10- La place de l’homme dans l’univers et la question de la finitude

Il nous faut répondre ici aux deux derniers défis qui étaient lancés à l’humanisme : pour qu’il y ait humanisme, je le rappelle, il faut qu’il y ait 1) Humanité (idée dont nous avons étudié l’émergence progressive) ; 2) une définition de l’homme qui fasse droit au propre de l’homme (nous avons examiné le conflit des définitions : matérialiste, romantique et humaniste). Il nous reste, avant de conclure, deux défis d’importance : 3) Comment penser la place de l’homme dans l’univers ? 4) Quel statut donner à la finitude humaine ? Ces deux questions semblent du reste très liées : d’un côté, grâce aux sciences et aux techniques, l’homme apparaît, selon la formule de Descartes, comme « maître et possesseur de la nature » (la sienne et La Nature) ; de l’autre, il reste pourtant inéluctablement soumis à la finitude (la faute, l’ignorance, la mort).

Il convient tout d’abord de préciser ce que l’on entend par Nature : la nature comme émergence (Grecs), ensemble des créatures (Christianisme), rationalité du monde (Classiques) ou spontanéité sans artifice (Romantiques). L’idée de la supériorité de l’homme dans l’ordre des créatures n’est pas une idée neuve, mais cette supériorité est toujours relative à une grandeur ultime : celle de Dieu. Cf. Genèse, I, 26 : « Dieu dit : faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre. » ; Ce qui change avec la modernité, c’est que cette supériorité ultime s’efface progressivement : Dieu devient une « hypothèse inutile » et la maîtrise de l’homme devient sans borne. A tel point - c’est ce que raconte l’histoire de Frankenstein - que l’homme finit par ne plus savoir exactement maîtriser sa propre maîtrise. Alors que l’homme s’était considéré comme tout petit à l’égard de la Nature, c’est désormais la nature qui est toute petite à l’égard de la maîtrise de l’homme : ce n’est plus l’homme qu’il convient de protéger de la nature, c’est la Nature qu’il convient de protéger de l’homme. Ce type d’analyse difficilement contestable peut pourtant conduire à deux attitudes philosophiques très différentes :

1) Dénoncer l’orgueil humain et renoncer à la maîtrise : On peut donner trois illustrations très différentes de cette position :
- La position du philosophe chrétien Jacques Maritain dans L’humanisme intégral (réédition. Aubier 2000).
- Celle du philosophie allemand Hans Jonas (le principe responsabilité, édition du Cerf).
- Ou encore les récentes analyses provocatrices du philosophie allemand Peter Sloterdijk et celles de l’américain Francis Fukuyama.

2) Accroître la maîtrise ou la réflexion pour limiter le risques : Une première version naïve de cette attitude consisterait dans un certain scientisme qui affirmerait que la science trouve toujours les réponses aux problèmes qu’elle se pose. C’est un pari. Une version plus élaborée et plus intéressante peut être trouvée dans l’excellent livre d’Ulrich Beck, La Société du risque, Calmann-Lévy, 2001.


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