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Document 9- Thèmes fondamentaux de la pensée de Sartre

par Daniel Andler (17/03/2009)

Document 9- Thèmes fondamentaux de la philosophie de Sartre

• L’existence précède l’essence :

- Dans toute la philosophie classique qu’elle soit d’inspiration platonicienne ou chrétienne, on est parti de l’idée que pour l’être humain, l’essence précédait l’existence. Dieu conçoit d’abord l’homme et la femme, puis vient, dans un second temps, la création qui les fait exister. Dieu est un artisan qui, tel un ouvrier ayant à fabriquer un coupe-papier ou une horloge, tracerait d’abord un plan, puis le réaliserait. - C’est ce schéma classique, avec toutes ses implications éthiques, que l’existentialisme sartrien se propose de renverser : si l’être humain n’est pas une créature, aucun plan, aucune essence ne précède son existence. L’être humain est en ce sens le seul qui soit pleinement libre, le seul qui échappe a priori à toute définition préalable.

• Il n’y a pas de « nature humaine »

L’homme est ainsi l’être qui fait pour ainsi dire exploser toutes les catégories, toutes les définitions dans lesquelles on prétendraient l’emprisonner = sa liberté. Ce qui interdit à la fois le sexisme et le racisme : c’est-à-dire l’idée qu’il existe un essence de la femme, de l’Arabe, du Noir, du Jaune ou du Juif d’où se déduiraient des caractéristiques nécessaires et communes à l’espèce ? C’est sur cette conviction que l’existentialisme eut pour vocation de fonder un féminisme et un antiracisme de type universaliste : ce qui donne sa dignité à l’être humain en général, c’est le fait qu’il est, à la différence des objets ou des animaux, un être fondamentalement libre, transcendant toutes les étiquettes qu’on prétend lui accoler.

• La critique du déterminisme dans la biologie, la psychanalyse et le marxisme : la nature et l’histoire ne sont pas nos codes

Pour les mêmes raisons, ni l’histoire ni la nature ne sauraient être tenues pour des codes déterminants. Certes l’être humain est en situation : il a un sexe, une nation, une famille, etc. Bref, il possède une nature et une histoire. Mais justement il n’est pas cette nature et cette histoire ni ne saurait s’y réduire. Il les a et peut les mettre en perspective, voire, dans une certaine mesure, s’en abstraire pour jeter sur elles un regard critique.

• Les cinq concepts clés de l’existentialisme sartrien :

- La mauvaise foi : La mauvaise foi = ne pas assumer sa liberté : c’est s’enfermer soi-même dans des catégories qui, soi-disant, nous déterminent. La mauvaise foi consiste en pratique à s’identifier à un rôle psychologique ou social, à une image empruntée au regard des autres de telle sorte que ce rôle et cette image vont bientôt fonctionner comme une « essence » qui déterminerait de part en part nos attitudes. Voir à ce sujet les pages sur la description du garçon de café : tout nous est bon pour nier notre propre liberté et nous couler dans des essences toutes faites qu’il ne nous reste plus qu’à jouer comme des personnages de théâtre.

- La réification : La mauvaise foi conduit toujours à la réification de l’humain, au sens propre, étymologique : sa transformation en une chose, un objet dont l’essence précède l’existence et la détermine. Tout objet est ce qu’il est. Il coïncide pleinement avec lui-même et c’est à cette coïncidence parfaite que vise l’homme de mauvaise foi lorsqu’il entend s’identifier à son rôle au point de ne faire qu’un avec lui. Ainsi, l’être humain authentique, à la différence de tous les autres êtres, n’est pas ce qu’il est.

- L’être et le néant : C’est en ce sens qu’il faut comprendre, le titre de Sartre « l’Etre et le Néant » : si l’homme est un néant, c’est qu’il a la capacité de prendre distance par rapport à ce qu’il est (par l’auto-réflexion). Dès qu’il commence à se regarder lui-même, il n’est plus tout à fait ce qu’il est. C’est ce « ne pas », cette distance à soi, ce trou dans l’être, que Sartre nomme le néant.

- La nausée : Ainsi, non seulement l’existence humaine n’a pas de sens déterminé a priori (de sorte que l’être humain doit donner par et pour lui-même un sens à sa vie), mais le monde dans lequel nous vivons est de part en part contingent au sens où il aurait aussi bien pu ne pas être tout autant qu’il pourrait aujourd’hui basculer dans le néant. C’est le sentiment de cette contingence de l’être que Heidegger nommait l’angoisse et que Sartre désigne sous le nom de « nausée ». Dans le livre qui porte ce titre, le personnage principal la défini en ces termes : « tout est gratuit, le jardin, cette ville et moi-même. Quand il arrive qu’on s’en rende compte, ça vous tourne le cœur et tout se met à flotter. Voilà la nausée ».


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