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Document 8- Le conflit des définitions de l’humain (2)

par Daniel Andler (17/03/2009)

Document 8- Le conflit des définitions de l’humain (2)

2) Qu’est-ce que la philosophie romantique ?

Pour le romantisme, l’homme n’est authentiquement homme que par, dans et à travers son appartenance culturelle : c’est cela qui le distingue de l’animalité. L’homme est ainsi identifié à une communauté nationale ou culturelle.
- Définir l’homme par sa seule naturalité (comme le matérialisme) reviendrait à nier son humanité et le rabaisser au niveau des bêtes.
- Prétendre qu’il puisse s’arracher à sa communauté culturelle (comme le prétendent les philosophie de la liberté) c’est anéantir son humanité réelle, au profit d’une humanité reconstruite, idéale et abstraite. C’est préférer l’homme rêvé à l’homme réel (nihilisme). A l’opposé de cette abstraction, le romantisme va concevoir la communauté culturelle comme un organisme vivant, c’est-à-dire comme une totalité à la fois transcendante et immanente à ses parties : transcendante parce qu’elle ne disparaît pas nécessairement lorsqu’une de ses parties, un organe, est lésée ou même détruite, mais au contraire développe spontanément des activités de reproduction ou de compensation ; immanente, cependant, puisqu’elle n’existe nulle part ailleurs qu’incarnée dans ses parties. C’est à partir de cette idée que les grandes thématiques romantiques se laissent comprendre.

3) Les philosophies de la liberté

• Rousseau : Discours sur l’origine de l’inégalité. Je ne vois dans tout animal qu’une machine ingénieuse, à qui la nature a donné des sens pour se remonter elle-même, et pour se garantir, jusqu’à un certain point, de tout ce qui tend à la détruire ou à la déranger. J’aperçois précisément les mêmes choses dans la machine humaine, avec cette différence que la nature seule fait tout dans les opérations de la bête, au lieu que l’homme concourt aux siennes en qualité d’agent libre. L’une choisit ou rejette par instinct, et l’autre par un acte de liberté ; ce qui fait que la bête ne peut s’écarter de la règle qui lui est prescrite, même quand il lui seroit avantageux de le faire, et que l’homme s’en écarte souvent à son préjudice. C’est ainsi qu’un pigeon mourroit de faim près d’un bassin rempli des meilleurs viandes, et un chat sur des tas de fruits ou de grains, quoique l’un et l’autre pût très bien se nourrir de l’aliment qu’il dédaigne, s’il étoit avisé d’en essayer ; c’est ainsi que les hommes dissolus se livrent à des excès qui leur causent la fièvre et la mort, parce que l’esprit déprave les sens, et que la volonté parle encore quand la nature se tait. Tout animal a des idées puisqu’il a des sens ; il combine même ses idées jusqu’à un certain point : et l’homme ne diffère à cet égard de la bête que du plus au moins ; quelques philosophes ont même avancé qu’il y a plus de différence de tel homme à tel homme, que de tel homme à telle bête. Ce n’est donc pas l’entendement qui fait parmi les animaux la distinction spécifique que sa qualité d’agent libre. La nature commande tout à l’animal, et la bête obéit. L’homme éprouve la même impression, mais il se reconnaît libre d’acquiescer ou de résister [...]. • Kant : « Par son instinct, un animal est déjà tout ce qu’il peut être ; une raison étrangère a déjà pris soin de tout pour lui ... L’homme a besoin de soin et de culture. La culture comprend la discipline et l’instruction. Aucun animal, autant qu’on le sache n’a besoin de cette dernière » (Réflexions sur l’éducation, p. 72-74). « De cette présentation des débuts de l’histoire humaine il résulte que la sortie de l’homme hors du paradis que la raison lui représente comme le premier séjour de son espèce n’a été rien d’autre que le passage de l’état de primitivité d’une créature purement animale à celui d’humanité, passage des lisières où le tenait l’instinct à la direction qu’exerce la raison ; bref, de la tutelle de la nature à l’état de liberté » (conjectures sur le commencement de l’histoire humaine, trad. Pl. 510-511). • Fichte : « Tous les animaux sont achevés et terminés. L’homme est seulement indiqué et esquissé ... Chaque animal est ce qu’il est ; l’homme seul originairement n’est absolument rien. Ce qu’il doit être, il lui faut le devenir. » (Fondements du Droit Naturel, p. 95). • Sartre : L’existence précède l’essence ; la définition de l’homme comme néant ; la mauvaise foi ; le « gros plein d’être ». • Vercors, Les animaux dénaturés.

➞ Conclusion : L’homme et l’animal.


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