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Document 7- Le conflit des définitions de l’humain

par Daniel Andler (17/03/2009)

Document 7- Le conflit des définitions de l’humain (1)

Une chose est de percevoir l’unité de l’humanité, une autre est de savoir comment définir la nature de cette humanité : sur quoi repose-t-elle ? Qu’est-ce qui la distingue spécifiquement ? Quel est le propre de l’homme ? C’est à cette deuxième série de questions que l’humanisme va s’attacher à répondre de manière particulière. On peut en effet considérer qu’il existe deux grandes définitions « pré-humanistes » de l’humanité de l’homme.

- La première qui correspondrait grosso modo aux cosmologies antiques définit l’homme comme occupant une certaine place dans un univers clos, hiérarchisé et finalisé. C’est de ce cosmos que l’homme reçoit son humanité essentielle et il lui faut, dans ce cosmos, occuper la place et prendre la part qui lui reviennent.

- La deuxième définition, correspondant aux grands dispositifs théologiques, va considérer que c’est fondamentalement de Dieu que l’homme reçoit sont humanité essentielle : c’est au sens le plus profond Dieu qui le fait homme.

Ces deux définitions ont pour point commun d’envisager une définition de l’homme extérieure à l’homme : l’homme se définit comme ne se définissant pas lui-même, il « s’auto-dépossède ». C’est cette extériorité qui va être refusée par ce qu’on peut appeler le tournant humaniste de la philosophie, qui correspond à la modernité. Je cite un des interprètes les plus brillants de ce passage, Pierre Manent dans son ouvrage La cité de l’homme, paru en 1994 (Fayard, p. 261) :

« Au commencement, le monde était informe et vide, sans lois, ni arts, ni sciences, et l’esprit de l’homme flottait au-dessus des ténèbres. Telles sont, en somme, les premières paroles que l’homme se dit à lui-même lorsque, rejetant la loi chrétienne comme la nature païenne, il décide de ne recevoir son humanité que de lui-même, qu’il entreprend d’être l’auteur de sa propre genèse. De celle-ci Hobbes, Locke et Rousseau nous donnent trois versions que nous pouvons considérer synoptiquement : elles annoncent la même nouvelle ».

L’homme décide de recevoir son humanité de lui-même : cette décision trace davantage un programme qu’une solution. Et l’on peut tenter de faire un repérage rapide des réponses possibles à ce problème plus délicat d’une auto-définition de l’homme. Il me semble que trois voies sont envisageables qui seront historiquement incarnées :

1) Soit considérer que l’essence de l’homme réside dans sa nature ➞l’homme est sa nature.

2) Soit considérer que l’essence de l’homme réside dans son histoire ou sa culture ➞ l’homme est son histoire ou sa culture.

3) Soit considérer que l’essence de l’homme réside dans sa capacité d’arrachement à la nature et à l’histoire ➞ l’homme est un être de « surnature » dont l’histoire « n’est pas le code ».

Je voudrais présenter quelques illustrations de ces trois positions philosophiques :

1) Qu’est-ce que le matérialisme ?

Réductionnisme ; déterminisme ; la question des fondements naturels de l’éthique.

2) Qu’est-ce que le romantisme ?

Critique des Lumières ; Le concept de Vie ; la revalorisation de la tradition, de l’autorité et du préjugé ; le génie ; la nostalgie et l’ironie.

3) Qu’est-ce qu’une philosophie de la liberté ?

Le problème de l’histoire ; la question de l’éducation ; la preuve par le mal (Rousseau ; Kant ; Vercors ; Sartre).


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