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Document 4- L’humanisme des Lumières

par Daniel Andler (17/03/2009)

Document 4 - L’Humanisme des Lumières

1) L’apport des Lumières à la philosophie humaniste

La philosophie est traversée par deux grandes conceptions de la nature des limites inhérentes à la connaissance humaine. Ces deux conceptions engagent aussi bien la question métaphysique des rapports entre l’homme et Dieu (ou l’Absolu), que celle, épistémologique, du statut de l’ignorance et de l’erreur qui caractérisent toujours plus ou moins le savoir humain.

• Pour aller à l’essentiel, on pourrait dire que du point de vue des cartésiens (philosophie classique du XVIIe siècle), les limitations qui affectent la connaissance humaine sont pensées par rapport à une référence absolue qu’est l’entendement divin : c’est par rapport à cette omniscience supposée de Dieu que le savoir humain est relativisé. La finitude humaine (ignorance, erreur, faute, et, finalement, mort.) est ainsi pensée sur fond d’Absolu.

• La philosophie des Lumières et notamment celle de Kant (qui vient pour ainsi dire « parachever » les Lumières) représente un retournement de perspective sans précédent dans l’histoire de la pensée. Elle pense d’abord la finitude, ensuite l’Absolu ou la divinité. En d’autres termes : la finitude, le simple fait que notre conscience soit toujours déjà limitée par un monde extérieur à elle, par un monde qu’elle n’a pas produit elle-même, est le fait premier, celui dont il faut partir pour aborder toutes les autres questions de la philosophie.

2) Conséquences

a) Sur le plan métaphysique : - Dieu devient une « Idée de la raison » (Kant) - Critique du dogme du péché originel (critique de l’augustinisme). b) Sur le plan de la connaissance humaine

- La découverte du problème de l’objectivité. - De la contemplation à l’action (Lessing) : « Ce n’est pas la vérité que possède un homme ou qu’il croit posséder, mais la peine sincère qu’il a prise pour la découvrir, qui fait la valeur d’un homme. Car plutôt que le fait d’être en possession de la vérité, c’est la quête de celle-ci qui augmente ses forces, et c’est en cette recherche que consiste sa perfection toujours croissante. La possession rend tranquille, paresseux et fier.- Si Dieu tenait enfermé dans sa main droite toute la vérité, et dans sa gauche, l’unique impulsion toujours en quête de la vérité, et me disait : “choisis !” - même si cela impliquait pour moi de me tromper pour l’éternité - je me précipiterais humblement vers sa gauche et dirais : “Père, donne ! Car la vérité pure est pour toi seule !”. » - De nouveaux champs d’études : l’esthétique, l’histoire, la vie psychique Montesquieu : « Les Anciens n’avaient pas bien démêlé ceci ; ils regardaient comme des qualités positives toutes les qualités relatives à notre âme ; ce qui fait que ces dialogues où Platon fait raisonner Socrate, ces dialogues si admirés des anciens, sont aujourd’hui insoutenables, parce qu’ils sont fondés sur une philosophie fausse : car tous ces raisonnements tirés sur le bon, le beau, le parfait, le sage, le fou, le dur, le mou, le sec, l’humide, traités comme des choses positives, ne signifient plus rien. Les sources du beau, du bon, de l’agréable, etc. sont donc dans nous-mêmes ; et en chercher les raisons, c’est chercher les causes des plaisirs de notre âme » (Essai sur le goût) c) Sur le plan des valeurs - La tolérance (Locke) - La critique des dogmes et des préjugés : « Notre siècle est proprement le siècle de la Critique (préface CRP), à laquelle tout doit se soumettre : la religion parce qu’elle est sacrée, la législation, à cause de sa majesté, veulent communément s’y soustraire. Mais elles suscitent dès lors vis-à-vis d’elles un soupçon légitime et ne peuvent prétendre à ce respect sans hypocrisie que la raison témoigne uniquement à ce qui a pu soutenir son libre et public examen » (Kant) - La publicité : « Penserions-nous bien, si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d’autres, qui nous font pas de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ? » (Kant)

➞ La définition kantienne des Lumières : « Les lumières se définissent comme la sortie de l’homme hors de l’état de minorité, où il s maintient par sa propre faute. La minorité est l’incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Elle est due à notre propre faute quand elle résulte non pas d’un manque d’entendement, mais d’un manque de résolution et de courage pour s’en servir sans être dirigé par un autre. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des Lumières. » (Réponse à la question : qu’est-ce que les Lumières ? 1784).


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