Accueil du site > Membres > TAVOILLOT Pierre-Henri (MCF-HDR) > Enseignements Paris IV - Année (...) > L1 S2 — QU’EST-CE QUE L’HOMME ? > Document 3- L’humanisme classique
logo

Document 3- L’humanisme classique

par Daniel Andler (17/03/2009)

Document 3 - L’Humanisme classique (la raison et la critique)

La redécouverte de l’homme par l’humanisme de la Renaissance se situe encore dans le cadre d’une vision cosmologique du monde, où le cosmos apparaît comme une réalité close, hiérarchisée et finalisée (structurée par les fins de Dieu. Le passage du monde clos (ou cosmos) à l’univers infini (titre du livre d’Alexandre Koyré) se fera très progressivement : le traité de Copernic sur le double mouvement des planètes, sur elles-mêmes et autour du soleil, est publié en 1543 ; les découvertes de Galilée interviendront environ 150 ans après la mort de Pic.

Cette nouvelle conception du monde devait avoir des conséquences importantes sur la question de l’homme. Les deux positions, celle, humaniste, de la glorification de l’homme (Erasme) et celle, anti-humaniste, de l’humiliation de l’homme (Luther) vont progressivement s’adapter au nouveau contexte, mais de manière complexe. En ce sens, Pascal et Hobbes représentent la continuation transformée de ce débat.

1) L’anti-humanisme au XVIIe siècle : Pascal

« Que deviendrez-vous donc, ô hommes qui cherchez quelle est votre véritable condition, par votre raison naturelle ? ... Connaissez donc, superbe, quel paradoxe vous êtes à vous-même. Humiliez-vous, raison impuissante ; taisez-vous, nature imbécile : apprenez que l’homme passe infiniment l’homme, et entendez de votre maître votre condition véritable que vous ignorez. Ecoutez Dieu. » (Pascal, Pensées, 2e part. sect. I, Conclusion)

2) La découverte de la nature humaine : de Grotius à Hobbes (l’école du droit naturel)

La modernité politique se caractérise par la mise en cause des fondements classiques de l’autorité : • la tradition, car elle ne parvient plus à fournir des réponses incontestées aux problèmes politiques ; • la cosmologie grecque fondée sur une nature finalisée, car elle se trouve gravement mise en cause par la révolution mécaniste de la science moderne ; • la théologie, car elle se trouve contestée au cœur même des plus graves conflits du moment : les guerres de religion. Sur quoi fonder l’autorité légitime si aucun de ces fondements n’apparaît plus assez solide ? C’est de cette question et de cette crise que va s’élaborer l’Ecole du droit naturel, de Grotius (1625) et Hobbes (1651) à Rousseau (1762). Malgré toutes les différences on retrouve au moins deux idées forces dans ce mouvement.

1) L’état de nature : il ne s’agit pas d’une quête historique, mais de l’hypothèse purement fictive de savoir ce qu’est essentiellement l’humanité avant la politique et avant la religion. C’est sur cette nature hypothétique de l’homme que l’on pense alors pouvoir fonder l’autorité légitime. La nature humaine remplace la nature comme source du droit.

2) Le contrat social : cet homme pré-politique et pré-religieux sera contraint de s’associer à d’autres et de former ainsi une société par décision subjective. C’est donc dans une décision individuelle et collective - dans un contrat social - qu’il convient de rechercher l’origine et le fondement de l’autorité légitime.

3) Le règne de la critique : Descartes

Mais au cœur de ces 2 positions se retrouve une même défense de la critique qui teinte de manière spécifique l’humanisme classique, ainsi que le montre Tocqueville, livre II de la Démocratie en Amérique : « Considérons un moment l’enchaînement des temps : Au XVIe siècle, les réformateurs soumettent à la raison individuelle quelques-uns des dogmes de l’ancienne foi ; mais ils continuent à lui soustraire la discussion de tous les autres. Au XVIIe, Bacon, dans les sciences naturelles, et Descartes, dans la philosophie proprement dite, abolissent les formules reçues, détruisent l’empire des traditions et renversent l’autorité du maître. Les philosophes du XVIIIe siècle, généralisant enfin le même principe, entreprennent de soumettre à l’examen individuel de chaque homme l’objet de toutes ses croyances. Qui ne voit que Luther, Descartes et Voltaire se sont servis de la même méthode, et qu’ils ne diffèrent que dans le plus ou moins grand usage qu’ils ont prétendu qu’on en fît ? »


Dans cette rubrique