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Document 2- L’humanisme renaissant

par Daniel Andler (17/03/2009)

Document 2 - L’humanisme renaissant et la reconnaissance des œuvres humaines

Ce qui caractérise la Renaissance, plus sans doute que le mouvement culturel auquel on l’a réduit parfois (appétit de savoir, redécouverte de l’antiquité, promotion de la rhétorique, etc.), c’est que s’y est aggloméré tout un ensemble de doctrines renouvelant précisément la « question de l’homme ». A partir de Nicolas de Cues (1401-1464) notamment se développent des courants de pensée qui interrogent davantage le point de vue de l’homme et ses œuvres que les œuvres et le point de vue de Dieu lui-même. C’est en tout cas l’interprétation qu’en donne le philosophe E. Cassirer, Individu et cosmos dans la philosophie de la Renaissance, éditions de Minuit. Un renversement se serait alors produit dans la priorité des interrogations philosophiques.

On peut citer deux illustrations de ce renversement. Cette phrase magnifique de Pic de la Mirandole : « Les miracles de l’esprit sont plus grands que le ciel (...). Il n’est rien de plus grand sur terre que l’homme, rien de grand dans l’homme que son esprit et son âme. En t’élevant jusqu’à eux, tu t’élèves au-dessus du ciel » (In astrologiam, Lib. III, cap. XXVII). Nouvelle fierté, voire orgueil humain, qu’exprime également Erasme lorsqu’il écrit : « A quoi bon l’homme si Dieu agit en lui comme le potier dans l’argile ? ».

1) Pic de la Mirandole, la relecture du mythe de Prométhée (Platon, Protagoras, 320 c - 321 c) dans De la dignité de l’homme (1486).

« Son œuvre achevée, l’Architecte désirait qu’il y eût quelqu’un pour peser la raison d’une telle œuvre, pour en aimer la beauté, pour en admirer la grandeur. Aussi, quand tout fut terminé (comme l’attestent Moïse et Timée), pensa-t-il en dernier lieu à créer l’homme. Or il n’y avait pas dans les archétypes de quoi façonner une nouvelle lignée, ni dans les trésors de quoi offrir au nouveau fils un héritage, ni sur les bancs du monde entier la moindre place où le contemplateur de l’univers pût s’asseoir. Tout était déjà rempli : tout avait été distribué aux ordres supérieurs, intermédiaires et inférieurs. [...] En fin de compte, le parfait ouvrier décida qu’à celui qui ne pouvait rien recevoir en propre serait commun tout ce qui avait été donné de particulier à chaque être isolément. Il prit donc l’homme, cette œuvre de type indéfini, et l’ayant placé au milieu du monde, il lui parla ainsi : “O Adam, nous ne t’avons donné ni une place déterminée, ni une physionomie propre, ni aucun don particulier, afin que la place, la physionomie, les dons que tu aurais souhaités, tu les aies et tu les possèdes selon tes vœux, selon ta volonté. Pour les autres, leur nature définie est régie par des lois que nous avons prescrites ; toi, tu n’es limité par aucune barrière, c’est de ta propre volonté, dans le pouvoir de laquelle je t’ai placé, que tu détermineras ta nature. Je t’ai installé au milieu du monde afin que de là tu examines plus commodément autour de toi tout ce qui existe dans le monde. Nous ne t’avons fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, afin que, maître de toi-même et ayant pour ainsi dire l’honneur et la charge de façonner et de modeler ton être, tu te composes la forme que tu aurais préférée. Tu pourras dégénérer en formes inférieures qui sont animales, tu pourras, par décision de ton esprit, être régénéré en formes supérieures qui sont divines”. » (cité par Cassirer, p. 112-113).

2) La querelle du libre arbitre : Erasme contre Luther

« Toi qui t’imagines la volonté humaine comme une chose libre et neutre, abandonnée à elle-même, tu te figures facilement que l’effort de la volonté peut se diriger indifféremment vers le bien ou vers le mal, et que Dieu et le diable, fort éloignés de nous, contemplent en spectateurs cette volonté libre et variable, mais tu ne crois pas que ce sont eux, constamment en guerre l’un contre l’autre, qui donnent le mouvement à notre volonté asservie. » (Du serf-arbitre, p.185).

3) La question de l’éducation

Eugenio GARIN, L’éducation de l’homme moderne. La pédagogie de la Renaissance. 1400-1600, Hachette pluriel.


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