Accueil du site > Membres > TAVOILLOT Pierre-Henri (MCF-HDR) > Enseignements Paris IV - Année (...) > L1 S1 — DEFINITIONS DE LA PHILOSOPHIE > Cours n°8- La philosophie comme (...)
logo

Cours n°8- La philosophie comme éthique

par Daniel Andler (15/12/2008)

8) L’éthique

Une fois de plus, faisons un point sur le chemin parcouru. Nous avons exploré deux grandes définitions de la philosophie : d’abord, une certaine histoire, un certain style de réflexion rationnelle qu’il conviendrait d’étudier pour se déclarer philosophe ; ensuite, un certain type de questions - qu’est-ce que l’Etre ? Pourquoi quelque chose plutôt que rien ? - qu’il faudrait se poser pour prétendre au titre de philosophe. Mais ces deux définitions, si elles ont leur part de vérité, laissent totalement ouverte la question de savoir pourquoi faire de la philosophie : après tout, pourquoi lire les philosophes, dont l’œuvre est loin d’être aisée ? Pourquoi se poser la question du pourquoi, qui semble bien oiseuse ? Déçu ou insatisfait par ces deux réponses, on se tournera alors vers une solution qui semble toute faite : l’éthique. Le philosophe, serait celui qui, non seulement parvient à comprendre les philosophes, non seulement se pose toute la journée les questions « existentielles », mais un expert en matière de morale. De fait, quand on se présente comme philosophe, il arrive qu’on nous demande : « alors, c’est quoi les nouvelles valeurs ? », comme s’il s’agissait des tendances de la mode de l’été prochain. De fait, quand on se pose des questions difficiles : bioéthique, éthique des affaires, éthique médicale, on installe des comités dans lesquels on case deux ou trois philosophes, avec des représentants des grandes familles de pensée. C’est d’ailleurs ce point qui distingue bien souvent, au sein des sciences humaines, la philosophie des autres disciplines : le sociologue, le psychologue, l’historien, le politologue se cantonne au rôle de descripteur ; alors que le philosophe serait un prescripteur. Remarquons d’emblée deux choses au risque de décevoir. Il arrive très souvent et peut-être trop souvent aux sciences humaines d’oublier qu’elles n’ont qu’un rôle descriptif. Quant au philosophe, sa fonction de prescripteur pourrait à bon droit laisser sceptique : si la philosophie avait rendu les êtres plus moraux, ça se saurait. Et, quand on regarde attentivement, parmi les philosophes, il y a autant de gens bien et de salauds que dans tous les autres milieux. Quel est donc le rapport du philosophe à la morale ?

1) Deux remarques préliminaires :

• L’éthique et la morale : la question « que dois-je faire ? »

• Le discours contemporaine : le déclin des valeurs ; la perte des repères ; le règne du relativisme ? 2) Trois types de discours philosophiques sur l’éthique :

• L’éthique normative : établir les actions ou les types d’action qu’il est moralement bon ou moralement mauvais d’accomplir. Question de l’objectivité des maximes et des impératifs éthiques.

• L’éthique appliquée : déterminer ce qu’il convient de faire dans telle ou telle situation éthique : cf. Michela Marzano, L’éthique appliquée, PUF ; ou Ludivine Thiaw-Po-Une, Questions d’éthique contemporaine, Stock (bioéthique, euthanasie, suicide, éthique de l’environnement, rapport aux animaux, droits de l’homme et guerre juste, éthique globale, justice et développement, éthique sexuelle, la question du consentement, de la pornographie, marchandisation du corps, éthique des affaires, la RSE, ...).

• La méta-éthique : question du sens des propositions normatives.

3) La distinction des ordres

Cf. André Comte-Sponville, Le capitalisme est-il moral ? 4) La question de la fondation ultime des valeurs.

• Fondation transcendante ou traditionnelle

• Déconstruction de toute fondation ultime (Nietzsche)

• Une fondation immanente : Cf. J.P Changeux, Les fondements naturels de l’éthique, O. Jacob, 1993, notamment l’article de M. Ruse.

• Une fondation transcendantale : Kant (Fondements de la métpahysique des mœurs).

Rigoriste, formelle, inapplicable ... la morale kantienne a fait l’objet de nombreuses critiques, souvent injustes. Car Kant ne se pose pas en père fouettard, mais en analyste de notre sens moral. Son interrogation est la suivante : quand jugeons-nous qu’une action est bonne ou mauvaise ? Et au nom de quoi est-on fondé à le faire ? Deux critères s’imposent à ses yeux : le caractère désintéressé de l’action et sa dimension universalisable. Prenons un exemple : un voisin vient en aide à une personne âgée, lui fait ses courses et la conversation, rempli d’attentions et de soins. Formidable !, dira-t-on. Jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que le voisin en question s’est habilement fait coucher sur le testament de la vieille. Bref, les intentions comptent dans l’évaluation morale et elles doivent manifester un certain degré d’arrachement par rapport à l’intérêt propre. D’où cette célèbre distinction kantienne : à côté des actions simplement légales (conformes à la loi, mais animées par l’intérêt - ne serait-ce que la peur du gendarme !), les actions morales sont celles qui nous semblent commises « par devoir », de manière désintéressée. Sans doute peut-on toujours suspecter un intérêt caché derrière les bonnes et pures intentions, mais cela n’ôte rien à la validité subjective du critère. Le désintéressement pourtant ne suffit pas, car il peut aussi y avoir des salauds désintéressés. La question des fins de l’action est donc capitale. Je dois en outre pouvoir souhaiter, dit Kant en formulant son fameux impératif catégorique, que la maxime de mon action devienne une loi universelle, de telle sorte qu’elle puisse s’appliquer en tout temps et en tout lieu, sans être limitée à telle ou telle situation particulière. Autrement dit : je dois mettre en sourdine mon égoïsme naturel, considérer autrui toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme moyen. Et cette exigence-là personne d’autre ne me l’impose que moi-même. Kant fonde ainsi la morale de l’autonomie.


Dans cette rubrique