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Cours n°7- Déconstruction ou reconstruction ?

par Daniel Andler (10/12/2008)

7) Devenirs de la métaphysique ? Déconstruction ou reconstruction ?

En 1781, le philosophe Moses Mendelssohn, après avoir lu la Critique de la raison pure, qualifia son auteur de « Brise-tout ». Il faut espérer disait-il que ce brise-tout saura reconstruire la métaphysique avec autant de soin qu’il a mis à la détruire. C’est que la CRP, quelques années avant la Révolution française, pouvait apparaître comme une sorte de table rase philosophique avant la table rase politique.

Déconstruction ou reconstruction ? Telle est la principale ligne de front qui continue de diviser une bonne part de la philosophie occidentale. D’un côté, une démarche qui s’attache à dénoncer les certitudes et les illusions d’une modernité dominatrice et trop sûre d’elle-même. De l’autre, la tentative de réélaborer des normes et des valeurs compatibles avec l’affirmation de la liberté individuelle et la critique de la tradition. On a pu retrouver cette opposition dans un livre récent réunissant les deux principaux représentants de chacun de ces courants : le Français Jacques Derrida et l’Allemand Jürgen Habermas. Le premier n’a cessé d’approfondir le sens de la déconstruction inaugurée par Heidegger, mais aussi par Nietzsche, qui entendait « casser les idoles » en philosophant « avec le marteau » : comment déranger l’aveuglante clarté de nos certitudes ? Le second, fidèle à l’héritage des Lumières critiques, tente d’élaborer dans une philosophie de la communication ce qui peut encore faire lien, sens et norme dans un monde où il n’y a plus que des individus : comment passer de l’âge de l’argument d’autorité à celui de l’autorité de l’argument ?

Ces deux courants insistent sur deux facettes opposées de notre présent et il semble bien difficile de les départager. C’est tout l’intérêt du livre Le concept du 11 septembre que de leur offrir l’occasion d’un test redoutable. Le hasard a voulu qu’Habermas et Derrida soient présents à New York quelques semaines après le 11 septembre 2001. Une philosophe américaine, Giovanna Borradori, les a interviewés « à chaud » afin de confronter leur analyse. Face à une telle tragédie, les deux semblaient, comme nous tous, fort démunis : Derrida, parce qu’il est douteux que, devant le spectacle tragique d’une destruction effective, l’idée même de déconstruction puisse garder une quelconque pertinence ; Habermas, car, ainsi qu’il le reconnaît lui-même, la « violence de l’événement » l’oblige à se demander « si toute (sa) conception de l’activité orientée vers l’entente ... n’est pas en train de sombrer dans le ridicule ».

Pourtant les deux penseurs retrouvent avec prudence et circonspection le chemin du sens. Leur principale confrontation concerne l’idée de tolérance, qui apparaît en effet comme un des enjeux majeur de l’événement. Le 11 septembre semblait confirmer de manière spectaculaire la thèse défendue quelques années auparavant par l’américain Samuel Huntington, d’un « choc des civilisations » : comment envisager, autrement que par la guerre, les rapports entre l’Islam, tenté de ranimer la flamme révolutionnaire conservatrice d’une contre-modernité, et l’Occident, adoptant l’impérialisme sous couvert de défendre des valeurs universelles ? Ce que manque pourtant cette thèse, selon les deux penseurs, c’est le phénomène inédit de la mondialisation. La modernisation accélérée du monde entier produit toute sorte de rejets et de pathologies dont le terrorisme est la manifestation la plus tragiquement visible. Il révèle donc davantage une crise interne de la civilisation moderne qu’un conflit de civilisations. Face à une telle crise, la meilleure arme semble être la défense et l’illustration de l’idée de tolérance, telle que les Lumières nous l’ont léguée. Le respect de la pluralité des conceptions du bien est en effet la meilleure définition de notre idéal démocratique. Cette idée est pourtant, aux yeux de Derrida, qui en entreprend une déconstruction, très insuffisante. Pour lui, la tolérance relève encore de cet impérialisme paternaliste et chrétien qui avance masqué. La tolérance cache toujours de l’intolérance dès lors qu’on franchit son « seuil ». Elle est du côté du plus fort. Il lui préfère la notion d’« hospitalité » qui représente une ouverture totale à l’autre, un accueil sans exigence préconçue, un rapport d’authentique égalité. Mais Habermas dénonce « le piège » de cette déconstruction de la tolérance. Une société pluraliste, telle que l’Etat de droit démocratique l’instaure en principe, sape définitivement la légitimité de toute autorité fixant des « seuils de tolérance ». Le risque n’est pas tant de voir de telles autorités se constituer que d’assister à la dissolution de valeurs un tant soit peu communes. Il lui apparaît plus urgent et décisif d’envisager les conditions pour que s’instaurent des relations enfin « amicales » entre la pluralité des identités particulières et les règles/valeurs universelles susceptibles d’en garantir la cohabitation pacifique. C’est finalement sur ce point que le lecteur pourra trouver à se décider entre ces deux démarches également nécessaires de la philosophie : y a-t-il plus d’urgence à reconstruire (au risque de la naïveté) ou à déconstruire (au risque de l’impuissance) ?

[Jacques Derrida & Jürgen Habermas, Le « concept » du 11 septembre. Dialogues à New York (octobre-décembre 2001) avec Giovanna Borradori, Paris, Galilée, 2003]

1) Les deux voies d’une critique de la métaphysique

a) L’empirisme de Hume :

b) Le criticisme de Kant :

2) La radicalisation nietzschéenne ou « comment philosopher avec le marteau ? »

Cf. « Le cas Socrate » in Le Crépuscule des idoles.

• Le reliquat théologique de la critique kantienne : le transcendantal.

• La radicalisation de la déconstruction. 3) Le tournant linguistique : vers la philosophie analytique.

Frege, Wittgenstein


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