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Cours n°5- Qu’est-ce que la métaphysique ?

par Daniel Andler (1er/12/2008)

5) La philosophie comme métaphysique

Nous avions défini jusque-là la philosophie comme lecture ou comme « relecture » (de la mythologie, de la théologie et de la philosophie). Au fond, ce qui est insatisfaisant dans cette première définition, malgré toute sa richesse, est qu’elle ouverte la question « pourquoi lire ou relire » ? Il nous faut donc faire un pas de plus en tentant d’y répondre. La réponse sera d’ailleurs simple : l’effort de lecture ou de relecture vise à atteindre l’Etre et, pourquoi pas, l’Absolu. Nous abordons là une deuxième grande tâche ou définition de la philosophie : la philosophie comme métaphysique.

1) Qu’est-ce que la métaphysique ? 2) La fin de la métaphysique (3 hypothèses) 3) Devenirs de la métaphysique : déconstruction ou reconstruction ?

I- La question de l’Etre et l’ontologie

Définitions :
- Ontique (ontos) = science de l’étant particulier
- Ontologie (onto-logos) = science de l’étant en tant qu’étant (ce qui définit l’objectivité en général)
- Onto-théologie (onto - théos - logos) = "science" de l’étant suprême de l’ontologie
- Ontologie fondamentale (ou phénoménologie) = "science" de la manifestation de l’étant (c’est le fait que, daß).

Aristote (livre Métaphysique, G).
- La philosophie est la science de l’être en tant qu’être (l’être envisagé par où il est être et seulement être, et non "nombre, ligne ou feu" [Métaphysique, G, 2, 1004 b 6]) : « Il y a une science qui étudie l’Etre en tant qu’être et les attributs qui lui appartiennent essentiellement. Elle ne se confond avec aucune des sciences dites particulières, car aucune de ces autres sciences ne considère l’Etre en général en tant qu’Etre, mais découpant une certaine partie de l’Etre, c’est seulement de cette partie qu’elles étudient l’attribut : tel est le cas des sciences mathématiques » (Mét. G,1)
- Dans d’autres textes, la science recherchée est dite philosophie première et assimilée à la théologie, c’est-à-dire la science qui a pour but un objet, même si c’est « le genre le plus éminent » (E,1, 1026 a 21).

II- Les preuves de l’existence de Dieu (onto-théologie)

1) La preuve dite cosmologique « cosmologique » (ou encore par la contingence du monde, a contingentia mundi) : elle consiste dans sa version la plus simple à poser que, si le monde n’a pas existé de toute éternité, il faut bien qu’il ait été créé, donc qu’il y ait un créateur hors du monde, c’est-à-dire un Dieu tout puissant. Le monde n’est pas nécessaire et éternel (il est contingent), il faut donc qu’il ait une cause.

2) La preuve dite « physico-théologique » : le monde est un ordre merveilleux, une organisation parfaite, si magnifiquement calculée qu’il suffirait de modifier le moindre de ses paramètres à l’origine pour que rien de ce qui existe aujourd’hui, à commencer par la vie et la conscience humaine, ne soit advenu. On doit donc raisonnablement supposer à son origine un esprit supérieur, un être bienveillant et omniscient. Pourquoi Descartes ne peut-il pas avoir recours à ces deux arguments ? Tout simplement parce qu’ils partent tous les deux de l’existence du monde (de sa contingence pour le premier et de sa beauté bien agencée pour le second) ; cette voie est interdite à Descartes qui tente précisément de démontrer l’existence des choses. La preuve de l’existence de Dieu ne peut être tirée que de la seule chose certaine qui est à disposition à savoir l’être pensant que je suis.

3) Ce troisième argument sera plus tard appelé ontologique : j’ai en moi l’idée d’un être infini, qui possède donc toutes les qualités ; or l’existence est une qualité ; donc cet être existe nécessairement. Plus exactement, chez Descartes, l’argument prend la forme : dans la connaissance que j’ai de ma finitude ; je ne pourrais savoir que je suis imparfait, si je n’avais l’idée d’un être parfait ou infini par la comparaison duquel je connais les défauts de ma nature. Et cette idée, la seule, ne peut tirer son origine de moi-même, qui suis imparfait ; elle a donc nécessairement été mise en moi par l’être véritablement infini, qui est Dieu.

La critique des preuves de l’existence de Dieu chez Kant (Critique de la raison pure) A ce raisonnement Kant oppose trois arguments. 1) On commet d’abord, dit-il, une faute logique en voulant, à partir de sa seule définition, déduire l’existence d’une chose. C’est comme si on pensait s’enrichir simplement en analysant le concept de 100 thalers (la monnaie de l’époque) : on risque fort d’être déçu. 2) Il faut donc se convaincre, poursuit Kant, que l’existence de Dieu relève de ces propositions dont il est impossible de décider ni pour ni contre puisqu’elles dépassent toute expérience possible. 3) Enfin, du point de vue religieux lui-même, une telle démonstration serait tragique puisqu’elle mettrait à bas toute la doctrine de la révélation et, avec elle, la grandeur de la foi. Vouloir prouver l’existence de Dieu s’avère donc illogique, anti-scientifique et ... impie !


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